Construire son esprit critique : habiter en féministe

COCASSE 5 - 27 mai 2023

COCASSE
4 min ⋅ 27/05/2023

Bienvenue sur COCASSE épisode 5.

Oui, COCASSE est en retard, mais ça tombe bien parce que c’est dans le thème du mois : being a star in Cannes.

Autant vous prévenir tout de suite : on va râler.

 *

Ça n’aura échappé à personne, en ce moment, c’est le festival de Cannes.

Et pendant que le tapis rouge se déroule sous les pieds des plus grandes stars (et des plus grands agresseurs) en s’auto-congratulant d’être un festival tantôt inclusif, tantôt ouvert, tantôt « féministe », je m’interroge.

Comme aiment à le répéter tous les journaux, il s’est écoulé 6 ans, depuis #metoo.

6 ans, plusieurs condamnations par différents tribunaux internationaux, des milliers de témoignages, des collectifs, des « plus jamais ça », et voilà que reparaît la vieille école, que reviennent les mêmes travers que ceux qui nous ont fait nous lever et sortir en mars 2020 à la suite d’Adèle Haenel.

(Relire, à ce sujet, la sublime tribune de Virginie Despentes).

Je fatigue, de voir les réalisatrices devoir sans cesse expliquer en quoi leurs films sont des « films de femmes », je fatigue de ces acteurs qui se congratulent d’être des « hommes biens », mais encore plus, je fatigue de celles et ceux qui continuent de dérouler les tapis rouges à des personnes souvent coupables, sinon complices d’un système qui valorise les violences sexuelles, les violences sexistes, les propos graves laissant entendre que « c’était mieux avant » et qu’être féministe, c’est d’abord et avant tout aimer les hommes, utilisant pour se justifier des figures féminines bien pratiques puisque mortes et donc absentes des débats contemporains.

Cette vieille école (qui comprend pourtant de jeunes élèves) est la même qui s’insurgeait il y a quelques semaines de la pose de Virginie Efira enceinte à 45 ans en couverture de Télérama ou de la lettre d’Adèle Haenel annonçant son arrêt du cinéma pour des raisons politiques.

Le message est clair : il faut se taire et rester à sa place, applaudir les faux semblants et les rois factices, comme à la cour de Louis XIV (ou Louis XV, vous l’avez ?).

Il faut accepter, aussi, de construire nos imaginaires autour de figures de femmes présentées de manière hypersexualisée au travers de regards masculins.

En d’autres termes, (presque) rien n’a changé. Même si beaucoup de films se battent pour exister en défendant d’autres visions des choses, d’autres manières de mettre en scène, d’autres visions de la sexualité, du désir, de la virilité, ces problématiques demeurent.

Et pourtant.

...

COCASSE

Par Julie Mandart